Je propose à votre analyse cet extrait d'une conférence de Michel Claverie
sur la question du toucher en psychothérapie :
"Quand quelqu’un vient me voir pour aborder le toucher, je prends d’abord
contact avec lui. Un contact pour créer une relation de confiance avec lui,
pour qu’il y ait une possibilité que quelque chose se passe. Ensuite, ma main
va toucher des zones, qui peuvent être des zones de manque, qui n’ont pas été
nourries ; ce peut être des zones figées, au contraire – on parlait tout à
l’heure de cuirasse – figées dans de la raideur, dans quelque chose qui ne
permet pas le mouvement. Et ma main, à ce moment-là, va amener la personne à
prendre conscience. La première chose, c’est « je prends conscience que j’ai
cette partie du corps ». « Je prends conscience que cette partie du corps
m’appartient » : je me la réapproprie. Le toucher amène donc une prise de
conscience et une réappropriation de mon corps. C’est une réappropriation des
différentes parties de mon corps. Bien entendu ça ne se fait pas comme ça, d’un
coup de baguette magique. Si je me suis figé à un endroit c’est que là, dans
cette zone du corps, il y a une souffrance, un processus douloureux.
"Toucher la personne va laisser revenir tout ce que j’ai refoulé, qui a
fait que j’ai bloqué dans cette zone du corps, que je n’y suis plus vivant. Le
thérapeute du toucher va amener une conscience, une vie à cette partie du
corps. Et chaque fois que je touche quelqu’un, je vais réveiller, je vais
permettre une libération.
"Prenons l’exemple de quelqu’un qui a eu un traumatisme, une grande
tristesse. Si par exemple je n’ai pas vécu le deuil ou la séparation d’avec un
être cher, je vais souvent avoir quelque chose de lourd à l’intérieur de ma
poitrine, de mon cœur. Donc quand je suis touché par le thérapeute à cet
endroit-là, je vais prendre conscience. C’est-à-dire que je sais que j’ai été
triste, mais je me suis coupé de l’expérience du vécu, parce que c’était « trop
» : c’était trop difficile. Quand, en tant que thérapeute, je touche une
personne, je lui permets de prendre contact avec ce vécu, cette souffrance,
cette tristesse, et je lui permets de l’exprimer. La personne peut « lâcher »,
exprimer : ce peut être des larmes pour une certaine partie du corps, une
grande colère pour une autre partie… je peux avoir le ventre tordu de ma peur,
dans une situation donnée… Et à mesure que je me réapproprie les zones de mon
corps, je redeviens entier : puisque la souffrance vient de la séparation. Je
reprends donc contact avec moi-même, c’est à dire je reprends contact avec des
zones de moi que je ne voulais pas voir : Jung appelle cela « l’ombre ». Je
reprends contact avec mon ombre, mon démon intérieur, ce que je ne veux pas
regarder, que j’ai mis de côté. Je vais donc me sentir un peu plus
entier".
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le massage somatothérapeutique.