J'ai remarqué dans mon vécu une plus grande facilité à me préparer pour masser lors des regroupements, et cela a été encore plus probant, lors du dernier, puisque j'avais une demie-journée de retard. Il ne m'a fallu que quelques instants pour retrouver l'état corporel et psychique ,les sensations, la perception, pour que l'envie et l'intuition du massage remonte avec intensité et joie, que je me sente en résonance avec la personne massée..Ces quelques instants sont plus longs lorsque je masse en dehors des regroupements et j'ai l'impression que je ne suis jamais tout à fait dans le même état d'intériorité et que mes massages n'ont du coup pas la même intensité, la même dimension.

Je retrouve dans le texte suivant, la réponse où m'avait mené ma réflexion, même s'il parle de l' apprentissage d'un instrument de musique, le violon, C'est bon de le lire...quelque soit l'apprentissage...c'est une question de présence...

"Lorsque la sensation sonore est juste, il y a "résonance", mise en vibration du corps, donc plaisir. La résonance est un maître, un vérificateur. Toutes les autres sensations intervenant dans le jeu lui sont reliées.

Parmi les principales, la sensation de "soi-même", qui est peut être le plus personnelle de ces expériences intimes, nous fait éprouver l'axe vertical, la mobilité dans l'espace, l'équilibre des forces contraires, la centration dans le "hara" dont  nous préciserons l'importance plus loin.

Les sensations de contact naissent d'une conscience aiguë de notre appartenance au sol, de la qualité de la présence de nos doigts sur la touche et le violon...

D'autres sensations interviennent plus tard dans le jeu lui-même ; elles sont le fruit d'une réalisation déjà très aboutie : geste exact, impression de "jouer sur soi", sensation de "lâcher-prise" et de "laisser-faire" liées à l'extrême vigilance de la perception et de l'écoute, sensation de l'émotion distanciée d'un plaisir qui nous pousse aux limites de nous-mêmes...

Dans le désir de prolonger à tout prix ce précieux moment vécu, l'élève qui vient juste de découvrir un monde inconnu, cherche trop souvent à isoler cette sensation, à la couper de l'ensemble de son jeu et à se fixer sur elle pour ne pas la perdre. De même, il est parfois dur de créer la disponibilité qui permet de retrouver le chemin d'une sensation dont on a perdu la trace...

Face aux doutes et tergiversations qui peuvent compliquer et ébranler la confiance, le meilleur antidote est de prendre exemple sur l'enfant, qui, engagé de tout son être dans l'action, ne connait ni nos nostalgiques retours en arrière ni nos angoisses du futur. C'est l'immersion dans cet "ici et maintenant" et la façon dont on vit intensément la minute présente qui permet de réaliser le vrai progrès.

La réalisation est faite d'une succession d'instants pleinement vécus et non de tous les raisonnements qui empoisonnent l'action. seul l'instant réunit dans la sensation consciente, toutes nos fonctions : pensée, sentiment, énergie psychique et motrice. C'est la qualité de notre présence dans l'instant qui permet d'établir et de conserver en nous, sans s'évader du moment présent, une mentalité favorable à la sensation-instant."

Le violon intérieur, Dominique HOPPENOT, ed. Van de Velde